On ne va pas faire durer les choses artificiellement, si vous vous demandez lequel des six châteaux que j'ai visité pendant mes deux séjours m'a le plus impressionné c'est sans conteste celui de Himeji qui remportera la palme. Certes je vous ai déjà fait part des torgnoles visuelles et culturelles que j'ai prise à Hiroshima, Nagoya, Kyoto et Osaka (le dernier château est tenu secret pour l'instant) mais si Himeji-jo est le seul classé au patrimoine mondial de l'Unesco c'est qu'il y a une raison !
C'est que le château du Héron Blanc est non seulement l'un des douze derniers éparpillés aux quatre coins du Japon à être cent pour cent original (comprenez par là que le donjon n'a jamais été détruit) mais aussi parce que l'édifice date de 1333... Sept siècles avec un donjon et des remparts intacts, quel autre château peut rivaliser avec ça ?
Autant vous dire qu'après la déception quelques jours plus tôt d'avoir découvert à l'intérieur d'Osaka-jo un musée à la décoration très moderne j'espérais trouver à Himeji ce que je n'avais pas trouvé jusque là : une baffe visuelle couplée à la sensation incroyable de passer littéralement dans les traces des daimyos qui y ont habité, depuis le fondateur Akamatsu Norimura en passant par le célèbre Toyotomi Hideyoshi.
Et puis étant donné que j'avais construit la version Lego de l'édifice pour mon anniversaire un mois plus tôt j'avais comme qui dirait la hype à l'idée de parcourir les différents niveaux qui m'avaient occupé pendant une loooongue soirée de construction.
La première chose à savoir c'est que si vous êtes du genre à soupirer d'avance à l'idée de vous servir d'une carte ou d'un GPS pour pouvoir trouver le château vous pouvez vous rassurer tout de suite : c'est tout simplement le château le plus simple à repérer !
A seulement une quarantaine de minutes en shinkansen depuis Kyoto, la gare de Himeji a le bon goût d'être située au bout d'une immense avenue ( appelée Otemae-dori) et de vous offrir une vision parfaite sur le donjon si vous quittez les lieux par la sortie Nord.
C'est tout ce qu'il y a à savoir pour se rendre au château : vous descendez à la gare, vous sortez de la gare et si vous ne voyez pas les tours c'est que vous vous êtes gouré d'issue et qu'il n'y a qu'à faire demi-tour pour vous retrouver dans le bon sens.
Une dizaine de minutes à pieds suffiront pour atteindre le lieu dit, mais à l'instar de celle d'Osaka la place forte me fait me réaliser à quel point il fallait être ou bien déterminé ou très con pour avoir l'idée de s'attaquer à pareille forteresse !
Parce que si le donjon est visible de loin le périmètre est très étendu et naturellement les nombreuses douves et murailles qui serpentent un peu partout proposent tellement de goulots d'étranglements pour les attaquants qu'on comprend illico pourquoi les mecs se contentaient d'assiéger pour affamer les occupants.
En tout cas si on m'avait demandé d'attaquer Himeji j'aurai demandé un sacré paquet de ryo vous pouvez me croire !
Vous pouvez ainsi progresser gratuitement sur le vaste terrain qui entoure l'édifice principal et profiter de très nombreux spots pour réaliser toutes les photos que vous désirez.
Mais si comme 99.9% du public vous vous dites que merde vous ne vous êtes pas tapé la route juste pour admirer l'extérieur vous allez devoir débourser environ 1000 yen (si vous voulez visiter le jardin comptez 1100) pour pénétrer dans la cour principale et accéder ainsi à la visite du donjon.
Modèle réduit des fondations et de la structure interne du château... Vous comprenez pourquoi on ne fume pas à 5 km à la ronde ?
Franchement je n'ai été déçu que d'une seule chose : l'absence totale d'armures et d'équipements pour habiller l'intérieur. Je pensais qu'à l'instar du palais impérial de Nagoya il y aurait peut-être des mannequins pour ajouter un peu à l'ambiance de l'endroit mais je préfère vous le dire au cas où vous nourrissiez des fantasmes sur l'intérieur du donjon, il n'y aura pas d'exposition à proprement parler.
Mais qu'est-ce que ça peut bien faire quand on se dit que nous foulons les mêmes marches que des gaillards qui ont habité les lieux il y a des siècles et des siècles ?
Qui plus est il y a tout de même de très nombreux panneaux (pour la plupart traduit en anglais) servant à expliquer comment étaient conçues les défenses avec notamment ces petites pièces "secrètes" planquées dans les angles de certaines pièces qui en cas d'intrusion permettaient aux défenseurs de faire feu vers l'ennemi sans s'exposer.
Si vous êtes un expert en cinéma japonais cela devrait vous rappeler la séquence de bataille de Ran de Akira Kurosawa où les derniers samouraïs de Hidetora Ichimonji défendent leur maître de cette façon lors d'une lutte aussi désespérée qu'épique.
Kurosawa justement. Il fallait bien que je finisse par parler de l'un des cinéastes japonais les plus importants de l'histoire puisque le réalisateur a tourné deux fois à Himeji pour ses deux plus gros projets : Ran et Kagemusha.
Et pour cause, non seulement l'intérieur du donjon garantit aussi dépouillé soit-il une expérience grisante pour les amoureux de samouraïs mais en plus les longues pistes qui longent les remparts bloquent toute vue vers la modernité.
C'est pour cela que Himeji-jo a été souvent sollicité pour accueillir les tournages de films et de séries historiques, car non seulement c'est le plus ancien château mais en plus sa conception et sa conservation en font le lieu de tournage parfait pour des plans extérieurs.
En tout cas pour ma part après m'être amusé à photographier les tours en me demandant si Kurosawa s'était demandé à l'époque si un tel angle était suffisamment esthétique, je me suis rapidement mis à rêver de filmer deux combattants en armure en train de s'écharper au pied d'une des portes !
Et si les cinéastes se contentent de filmer l'extérieur c'est qu'il y a une bonne raison : il est difficile de se déplacer dans le donjon.
Les marches sont très raides (ce qui me donne l'occasion de vous mettre en garde si vous avez des soucis pour vous déplacer car l'ascension est longue et glissante vu que les pompes sont interdites) et l'intérieur est si sombre que je n'imagine pas la logistique qu'il faudrait pour apporter un matériel de tournage qui inclurait des projecteurs et donc une source de chaleur telle qu'on l'interdirait de toute manière dans un édifice quasi-intégralement composé de bois !
Je dois à présent remercier la demoiselle qui m'a gentiment immortalisé devant les deux tours principales du château.
A l'issue de votre visite le parcours vous mènera littéralement au pied des deux tours principales, et comme le Japon pense à tout il y a un petit support destiné à accueillir votre téléphone afin de vous aider à vous tirer le portrait devant le donjon sans faire un selfie.
Mais comme les technologies modernes ne sont définitivement pas mon truc je tente un premier essai et lâche un "parfait c'est immonde" après avoir vérifié le résultat.
Par le plus grand des hasards la touriste qui me précédait à chaque porte, chaque rempart et chaque pièce de la visite était française et a ainsi immédiatement compris que je galérai.
Un grand merci à toi donc d'avoir proposé ton aide, si jamais tu me lis cela m'a permis de satisfaire l'une des rares fois dans ma vie où j'avais envie de figurer sur un cliché de vacances.
Je vous épargne cependant ma poire devant le donjon et préfère vous raconter l'histoire que cache l'un des puits de la forteresse.
Avait-elle repoussé les avances de son samouraï de maître ? Etait-elle tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment au point d'avoir surpris un terrible complot ? Ou bien était-elle une simple maladroite qui avait égaré une vaisselle précieuse ?
Les versions de la légende divergent souvent, mais toujours est-il qu'on raconte que c'est dans ce puits que la jeune servante Okiku a été balancée en guise de punition pour avoir officiellement égaré un plat de valeur, le dixième d'un service onéreux.
On raconte que par la suite la jeune femme s'est mise à hanter les lieux chaque nuit en comptant jusqu'à neuf puis en hurlant en guise de numéro dix afin de se venger quotidiennement.
A ce qu'il parait on peut entendre la voix de la jeune femme compter depuis le fond du puits si on s'y approche la nuit.
Mais comme le château n'est pas visitable à cette heure-là, la seule chose que je sais c'est que désormais je ne me plaindrai plus parce que j'aurai passé quatre tours sur la case 31 d'un plateau de Jeu de l'Oie sans pouvoir sortir un six.
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