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Gaff-in-Japan

Le Japon à travers le regard d'un doux ahuri

Le temple Honno-Ji - La fin de Oda Nobunaga

Publié le 18 Novembre 2025 par Gaffeur in Histoire, Samouraï, Kyoto

Le Daimyo le plus important du Japon ?

Le Daimyo le plus important du Japon ?

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Il y a quelques mois un critique et réalisateur à la Moix déclarait à l'antenne que les jeux vidéos étaient un loisir idiot et que les joueurs étaient tous des cons. 

J'admets volontiers qu'une certaine frange de joueurs ne brille pas par sa culture et qu'il est des jeux dont je me demande moi même en tant que gamer comment ils peuvent se vendre à des millions d'exemplaires chaque année. 

Pourtant n'en déplaise à ce monsieur probablement aussi aigri et avide de clic que la plupart de ses confrères les jeux vidéos sont aussi parfois un moyen d'apprendre quelques bases sur un domaine inconnu et pourquoi pas de suffisamment titiller la curiosité des joueurs pour leur donner envie d'en savoir plus. 

En 2001 alors que je lance pour la première fois l'extension Conquerors destinée à Age of Empires II je découvre une mission unique se déroulant au Japon. Sur une carte en proie aux flammes le joueur n'a d'autre choix que d'assister impuissant à la chute de ses quelques samouraïs et de son héros Nobunaga avant de poursuivre de façon plus classique en bâtissant une petite armée pour venger ceux qui sont tombés. 

Cet instant marque alors ma première incursion dans l'histoire des samouraïs, car cette petite mission raconte en réalité l'incident de Honno-ji survenu à Kyoto en 1582 au cours de laquelle le daimyo Oda Nobunaga a perdu la vie, notamment car le temple dans lequel il séjournait avait été encerclé, le poussant à se suicider par seppuku. 

24 ans plus tard je me trouve devant le temple en question : Honno-ji. 

Certes il a été reconstruit et n'est plus le même qu'à l'époque, mais le fait qu'une partie de Age of Empires ait fait naître une telle passion pour une culture et une histoire pour que je me retrouve sur un lieu aussi instructif me fait me dire que décidément Yann Moix aurait mieux fait de fermer sa gueule ce jour là. 

Mais assez parlé d'un petit, parlons plutôt d'un grand !

Certes il ne se trouve pas au même endroit, mais on sent l'importance historique du lieu

Certes il ne se trouve pas au même endroit, mais on sent l'importance historique du lieu

Oda Nobunaga.

Voilà un nom qui sonne tout de suite familier aux férus d'histoire japonaise ! 
Je pense sans hésiter que si on devait demander aux gens quel serait leur samouraï préféré en dehors de Miyamoto Musashi (au passage si vous galérez vous aussi à battre ce connard de Takezo sur Ghost of Yotei sachez que ce mec est inspiré de Miyamoto Musashi, ceci explique cela) le nom de Oda Nobunaga serait certainement dans le top 3.

Et pour cause ! 

Avant Nobunaga le Japon n'était pas du tout unifié et les nombreux clans rivaux (citons au pif les Takeda, les Uesugi ou les Sanada), se mettaient régulièrement sur la poire histoire de tenter de grignoter un peu plus de territoire. 

Oda en revanche ne rêvait pas seulement d'agrandir son fief mais de contrôler toutes les îles afin d'unifier le pays et devenir suffisamment puissant pour pourquoi pas essayer d'envahir la Corée ou même carrément la Chine !

Mais pour cela il fallait procéder à un jeu d'alliances et mater les clans opposés à l'idée d'unification ou tout simplement hostiles par nature à celui de Oda. 

Le 21 juin 1582 alors que Nobunaga loge au temple Honno-ji qui lui servait de quartier général il se disait probablement que sa gloire ne faisait que commencer et que tout restait encore à écrire.

C'est qu'à ce moment là notre samouraï vient de coller une dérouillée sans nom au clan Takeda (à ce titre et en guise de petit hommage au comédien Tatsuya Nakadai décédé la semaine dernière je vous recommande fortement le film Kagemusha de Akira Kurosawa qui retrace les dernières années des Takeda et où Oda apparaît régulièrement) soit l'un des clans les plus redoutables de son époque. 

Rien ne semble donc obscurcir le destin du seigneur d'Owari, mais dans toute bonne histoire politique/militaire il faut une trahison. 

Cela tombe bien !

Parmi les hommes de Nobunaga se trouve quelqu'un qui nourrit une certaine rancoeur. 

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Au cas où vous auriez du mal à lire, oui cette lame est estimée à 300 millions de yen donc environ 2 millions dans la monnaie de la Hyène

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J'hallucine, un vrai Odachi d'époque !

J'hallucine, un vrai Odachi d'époque !

Un samouraï qui prend le thé... Ce n'est pas un cliché quand c'est une vérité !

Un samouraï qui prend le thé... Ce n'est pas un cliché quand c'est une vérité !

Cette fois-ci l'homme qui plante le couteau dans le dos se nomme Akechi Mitsuhide. Vassal de Oda le gaillard nourrissait une vengeance depuis plusieurs années. Il était de coutume parmi les clans samouraïs de confier des proches en otage aux rivaux afin d'éviter les conflits armés, et malheureusement pour Mitsuhide sa propre mère fut assassinée suite à une action des Oda. 

Dans la nuit du 21 juin 1582 alors que son Daimyo s'est séparé d'une partie de ses troupes pour appuyer son allié Hideyoshi,  Mitsuhide attaque Kyoto et encercle le temple où se trouve Oda avec des milliers d'hommes lors de ce que l'on appellera plus tard "l'Incident de Honno-ji". 

Autant vous dire que si dans le jeu de cartes samouraïs que j'ai pu acquérir à Kanazawa Nobunaga représente le Roi et Mitsuhide le sept c'est que la traîtrise de ce dernier n'est peut-être pas forcément très bien vue dans la culture japonaise. 

Encerclé et face à une défaite certaine, Nobunaga ordonne à son page d'incendier le temple avant de s'ouvrir le ventre en bon samouraï qu'il était. 

Une fin épique et tragique pour un daimyo qui ne verra jamais son rêve d'un Japon unifié prendre forme, ce qui sera finalement le cas quelques temps plus tard grâce aux actes de ses successeurs spirituels Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu. 

On est ainsi trèèèès loin de la version proposée par Takeshi Kitano dans son film Kubi où Nobunaga est décapité par Yasuke, celui-ci profitant du chaos de l'incendie pour se venger de nombreuses années à être traité en bouffon et après s'être fait enc**** une fois de trop par le daimyo. 

Oui vous le savez si vous me suivez je ne rate jamais une occasion de citer mon réalisateur japonais favori, et comme son avant-dernier film est centré sur l'incident, cette fois-ci j'ai le droit ! 

Toujours est-il qu'en dehors de la version officielle que je viens de synthétiser il existe tout de même plusieurs contre-versions car on se demande si Mitsuhide aurait pu réussir un tel carton si Hideyoshi n'avait pas demandé des renforts à Nobunaga pour une bataille qui était pourtant presque gagnée d'avance.

Certains historiens avancent que ce dernier aurait agi ainsi pour que l'emblème des Oda flotte sur le champ de bataille et ainsi offrir la victoire à son maître, d'autres pensent qu'au contraire la loyauté d'Hideyoshi était du flan et qu'il était dans le coup pour limiter les défenses de Kyoto et laisser le sale boulot à Mitsuhide (et ainsi occuper une meilleure place dans le jeu de cartes, à savoir la Reine). 

Mais avec de tels politiciens, allez un peu démêler le vrai du faux !

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Ce document a plusieurs siècles mais un coup de véléda ne tiendra pas trois mois

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La liste de tous les tombés lors de l'incident

La liste de tous les tombés lors de l'incident

Aujourd'hui le temple se trouve à ma grande surprise dans une shoutengai soit l'une de ces immenses rues commerçantes truffées de restaurants et de boutiques souvent traditionnelles.

Inattendu mais pratique : à l'issue de la visite je me suis payé une portion de fraises fraîches couvertes de chocolat blanc fondu je vous raconte pas le festin mais bon passons.

Comme dans la plupart des temples que vous visiterez à Kyoto la place est constituée d'une porte principale, d'un bâtiment principal consacré à la prière et accessible aux moines ainsi qu'à quelques fidèles mais aussi de plusieurs petits autels autour de l'édifice.

Mais nous sommes à Honno-ji et l'importance cruciale de l'endroit dans l'histoire japonaise justifie que l'on y trouve un second bâtiment consacré entièrement à la vie de Oda Nobunaga ainsi qu'aux sabres. 

Pour quelques centaines de yen vous pouvez ainsi accéder à un petit musée comportant une belle collection de katana mais aussi de tanto et plus rare (en tout cas ce fut le premier observé en deux voyages) un odachi, comprenez ces épées géantes qui devaient être manipulées à deux mains et dont le dégainé implique un geste très délicat puisqu'il faut saisir la lame pour aider cette dernière à quitter le fourreau. 

Mais comme les samouraïs ne faisaient pas que se battre le musée regorge de pièces ayant appartenu à Nobunaga en personne : son service à thé ou encore des lettres dont la qualité de l'encre nous font presque douter que leur rédaction a eu lieu il y a plus de quatre siècles. 

Un lieu très instructif qui en plus met en évidence quelque chose qui ne saute pas forcément aux yeux lorsqu'on évoque l'incident.

En effet si on dit "Honno-ji" on va penser "mort de Oda Nobunaga", sauf que ce dernier bien que soulagé d'une partie de ses troupes ne créchait pas tout seul comme un con façon Patrick Chirac, il avait des hommes avec lui et nombreux sont ceux à avoir péri en protégeant leur seigneur. 

En vitrine peut ainsi être observée une sorte de stèle où les noms des guerriers tombés donnent une meilleure idée de l'ampleur de la bataille. 

Comme quoi les jeux vidéos peuvent parfois mener loin et nous permettre d'en apprendre beaucoup. 

On a du mal à croire qu'en se retournant on fera face au capitalisme pur et dur

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