Lorsque j'ai décidé de revenir quelques semaines au Japon, je m'étais fixé trois impératifs : revoir Kyoto, découvrir Osaka et repasser par la Guesthouse Toco à Tokyo.
Et c'est là que je me heurtais à la première tuile de mon nouveau périple, tandis que je me voyais déjà réserver la seconde moitié du voyage dans le dortoir le mieux caché d'Iriya j'apprenais qu'il n'y avait que trois nuits de disponibles sur la période où je souhaitais m'y rendre.
Arf... D'un côté c'est mieux que seulement deux l'an dernier, mais cela risquait de me forcer à revoir mes plans. Ce que j'ai fini par faire et me décider pour une destination inédite pour combler les quatre jours où l'auberge était déjà complète.
Du coup si je n'ai pas hésité à revoir totalement mon planning juste pour passer par cet endroit, je pense que cela en dit déjà long sur la qualité de l'endroit et surtout des moments que l'on peut y passer, pour peu que l'on soit prêt à jouer le jeu !
Et puis c'est également un lieu incroyable pour faire des rencontres qui marquent : l'an dernier j'avais passé plusieurs soirées à discuter cinéma avec Toru qui connaissait mieux le cinéma français que moi et à votre avis où travaillait mon ami Kenta avec qui j'ai passé la soirée précédente à ripailler et boire comme des princes ?
Pour le coup lorsque je suis rentré du périple à Shinjuku pour savourer ma première nuit, j'ai pensé à une citation de Michel Galabru qui voudrait que "c'est toujours celui qui ronfle qui s'endort le premier".
Ce soir les deux clients chinois présents dans le dortoir arrivent ex-aequo sur la première marche du podium catégorie dodo profond : j'ai marché sur la pointe des pieds comme un vélociraptor histoire de ne pas réveiller les autres occupants mais finalement avec les deux qui scient du bois je pense que le bruit de mes pas n'auraient pas franchement changé grand chose question décibels.
Mais qu'importe je m'allonge sur le matelas après avoir enfilé mes bouchons d'oreille (presque inutiles pour le coup) et retrouve cette sensation dingue de m'être étendu sur un marshmallow géant.
L'hôtel Stay de Asakusa ? Le Hedistar de Kyoto ? Le Noum Osaka ? De très bons établissements mais aucun ne bat les matelas de Toco ni la fraîcheur naturelle qui traverse les portes en papier washi.
Tiens d'ailleurs petit conseil quand vous rentrerez dans le dortoir faites gaffe de bien faire coulisser la porte d'entrée et pas celle qui sert de cloison à l'un des lits, avec le recul je me dis que j'ai eu de la chance que le mec qui se trouvait là n'était pas en train de se faire coulisser le trombone et qu'il était juste en train de pioncer.
Bref la nuit n'était pas la plus agréable auditivement parlant, mais la sensation de confort l'a emporté sur les bûcherons chinois et j'ai bel et bien fini par dormir quelques heures, jusqu'à ce qu'un doux parfum de nourriture ne titille mes narines.
Cette fois-ci j'ai pensé à réserver pour 500 yen le petit déjeuner proposé par l'auberge, et à 9 heures alors que 95% des guests dorment toujours je me décide à me rendre dans la cuisine afin de voir qui donc est responsable de cette délicieuse odeur.
Comme on ne peut oublier un regard aussi doux je reconnais la barmaid présente lors de ma dernière soirée l'année précédente, cette fois-ci occupée à préparer le repas du matin, apparemment le staff est sur tous les fronts dans cette guesthouse.
Tandis que je me demandais comment la makanai du jour avait pu faire pour façonner deux onigiris en quelques secondes alors que moi lors de ma dernière tentative la boulette a fini dans le mur de la cuisine, Haruna qui vient d'intégrer l'équipe fait irruption avec une mélodie tranquille jouée sur son téléphone.
Sous ses explications car la miss parle très bien français je déguste ma soupe miso, mes onigiris et ma tasse de thé vert dans le calme et s'il n'y a pas de photo pour illustrer l'excellence de l'assiette c'est pour une raison simple.
Imaginez un peu : vous êtes à votre premier matin à Toco, vous découvrez la saveur des onigiris aux oeufs de morue ou aux algues violettes en vous demandant comment vous avez pu vous en passer tandis que Aki et Area préparent la suite du repas en chantonnant tout doucement, faisant resurgir dans votre esprit la séquence de Princesse Mononoké où les femmes de la forge chantent pour se motiver. Et pendant ce temps là Haruna vérifie dans votre journal si le japonais que vous tentez d'écrire est correct.
A quelle heure dans un moment pareil un individu parfaitement constitué aurait l'idée de gâcher un tel tableau en repartant dans le dortoir pour choper le téléphone et prendre une photo du repas ?
Etant abonné à la page facebook de l'auberge j'avais pu apprendre quelques semaines plus tôt que l'établissement a fêté son anniversaire et qu'à cette occasion a été créée une bière sur place.
Coup de chance, si je n'ai pas pu être là pour cette fête il reste encore de la réserve en ce qui concerne la Toco Beer, je vais pouvoir y goûter vu que le bar vient d'ouvrir (oui au passage j'ai décidé de faire une ellipse sur ma promenade du jour). Et comme je n'aime pas boire seul cela tombe bien car Toru San qui savait que j'étais de retour pour quelques jours est de passage.
Comme si notre dernière conversation avait eu lieu il y a quelques jours seulement nous reprenons nos échanges sur le Septième Art, mais cette fois-ci je ne suis plus le seul à apprendre sur sa propre culture ciné et j'aurai quelques titres de films japonais à lui faire découvrir.
Kotaro qui gère le bar ce soir se joint à nous et la discussion bifurque sur les samouraïs car je porte un t-shirt à l'effigie de Sanada Yukimura l'un des défenseurs d'Osaka.
Au cours de cet échange culturel le meilleur rendeur de pièces de 500 yen m'explique que l'ambiance ce soir est un peu morte car les autres guests sont tous du même pays et ils ont visiblement préféré rester dans la cuisine du dortoir.
Dommage pour eux car justement Haruna vient de rentrer avec une boîte dont le contenu attire l'oeil du puits-sans-fond gourmand que je suis tandis qu'elle en ôtait le couvercle pour faire piocher à chaque âme présente dans le bar une part des confiseries qui s'y trouvent.
Je peux ainsi tester les fameux anko dango qui ne sont pas une version comestible d'un boss de Crash Bandikoot mais une sorte de mochi qui cache en son coeur la célèbre pâte sucrée aux haricots rouges.
C'est un peu élastique (au passage si vous croyez que les conneries que vous achetez surgelées sont de vrais mochis vous êtes trèèès loin du compte) mais c'est à l'image des nombreuses pâtisseries et confiseries japonaises que j'ai pu essayer : la saveur prime sur le sucre et le tout se mange sans culpabiliser. Hé, quand il n'y a pas trop de sucre on peut bien abuser un peu !
Une sensation que partagent apparemment les autres occupants du bar, dont Gemma à qui je demande un peu indiscrètement comment un peu de Grande-Bretagne a pu se retrouver à travailler dans l'auberge.
"Simple, je suis venue une fois puis une seconde et je n'ai pas voulu repartir alors je suis restée travailler".
Et tandis que Kotaro dépose une nouvelle bière devant moi, il ajoute "hé, peut-être que tu seras le prochain !" avec un regard qui semble certain de ce qu'il avance.
Après tout... Qui sait ?
En attendant je vais me diriger chez Ban Nin Riki en me disant que cela fait presque quatre jours que je n'ai quasiment pas utilisé le GPS pour m'orienter à Kyoto ou à Iriya, et tandis que le serveur dépose devant moi une portion généreuse d'abura soba je me demande comment ça se fait qu'après seulement quelques jours je me situe plus facilement dans certains quartiers du Japon alors qu'il m'arrive encore de me paumer dans ma propre ville ou sur le terrain de mon équipe d'airsoft ?
Le lendemain tandis qu'Area est en charge des onigiris et que je pense admiratif que ces nanas sont certainement des magiciennes pour modeler aussi facilement le riz entre leurs mains, je me dis que quand un endroit dégage une telle magie même le mec le plus incapable de lire une carte ne peut que disposer de l'envie nécessaire pour retrouver son chemin.
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