Il n'aura suffit que d'une heure pour que le shinkansen me fasse parcourir les 130 kilomètres qui séparent Kyoto de Nagoya, troisième et avant-dernière destination de mon séjour.
Je ne prévois qu'une seule journée pleine et deux nuits avant de partir en direction de Tokyo, mais cela me suffira amplement pour découvrir ce qu'un épisode de l'animé Détective Conan m'a vendu il y a plusieurs années comme l'un des trois plus beaux châteaux du Japon !
Mais bien entendu comme je suis le roi du teasing je ne vous parlerai de cette impressionnante bâtisse que la prochaine fois, car avant d'arriver au château il serait de bon ton que je trouve mon hôtel histoire de déposer mon énorme valise et de ne pas la trimballer n'importe où.
Malheureusement l'un des rares points noirs du trajet aura été les journées entre deux hôtels car si la plupart des hébergements vont vous demander de quitter les lieux avant 10-11 heures il faut bien entendu leur laisser le temps de préparer votre chambre une fois l'occupant précédant parti, ce qui en général signifie que vous devrez attendre 15 heures.
Or je n'aurai pas eu de problème si j'étais parti de Kyoto à 11 heures pétantes pour rejoindre le Nord du pays situé à cinq heures de train, mais comme je vais arriver à midi à Nagoya il va falloir que je trouve le moyen de m'occuper.
Cela tombe bien à midi c'est l'heure de casser la graine donc une fois arrivé dans la station de métro de Kamimaezu je me dis qu'il n'y aura qu'à faire quelques pas dehors pour trouver un izakaya ou un restaurant de ramen façon nakau.
Dois-je préciser que j'ai du atterrir dans le seul quartier du Japon où les restaurants ne sont pas à chaque coin de rue ? Même les konbinis semblent absent de cette partie de Nagoya.
Oups. Comment vais-je déjeuner et que vais-je faire pour m'occuper avec ma valise pendant trois heures ?
Je passe et repasse dans plusieurs rues jusqu'à ce qu'un établissement au nom français finisse par attirer mon regard : "La Peche".
Je me dis qu'il s'agit probablement d'un restaurant de poissons étant donné la taille du port de la ville, je pousse la porte et surprise je me retrouve dans une brasserie typique de chez nous tenue par un japonais ayant vécu plusieurs années en France !
Après quelques minutes à observer le décor composé de photos de Mitchell, Hallyday et autres Aznavour le patron justement s'approche en souriant : "vous, je suis sûr que vous êtes français !", flûte on dirait que j'ai été démasqué par mon amusement à l'idée de me retrouver dans une brasserie à 11 000 km de chez moi.
Le menu pour le coup respecte bien la tradition française : un oeuf mimosa, puis une soupe froide aux épinards, un pavé de boeuf avec des frites et pour finir un gâteau au chocolat et à la chantilly.
Franchement même si ce n'était pas le meilleur repas du voyage je fus agréablement surpris de manger pour environ 30 euros un repas complet meilleur que ceux que j'ai pu goûter par chez nous dans certaines brasseries.
Je remercie le patron pour le bon repas et la serveuse pour sa patience puis je pars me poser quelques dizaines de mètres plus loin face à la rivière histoire de poursuivre la lecture des Sept Divinités du Bonheur, un thriller de Keigo Higashino que j'ai entamé à Kyoto et dont l'intrigue est audacieusement tournée : un homme est poignardé à mort et son assassin a été écrasé par un camion en fuyant la scène du crime. Evidemment les 300 pages restantes vont vous faire comprendre que tout n'est pas aussi simple, mais le postulat est intéressant à défaut de m'avoir happé immédiatement.
Après une petite heure de lecture au calme je peux enfin me rendre au Ryokan Meiryu pour me lancer dans un hébergement traditionnel, le premier d'une série de trois établissements où je vais loger pendant les prochains jours.
Il y a des moments où on se dit que les apparences sont trompeuses, et la façade et le hall d'entrée du ryokan sont justement les plus trompeurs qui soient.
Je dois être honnête sur le coup en arrivant devant cette façade d'immeuble random et dans l'entrée où tout un tas de bordel était accumulé un peu partout je me suis tout de même demandé pendant un instant si les avis sur google n'avaient pas bu un coup de trop.
Mais une fois le patron rencontré les choses prennent la tournure que j'espérais. Il parle très bien anglais et comme 95% des japonais que j'ai croisés il adore la France. Rassuré sur la tranquillité et le confort du lieu je taille le bout de gras avec le patron avant qu'il ne me conduise à la chambre.
Comme vous l'avez vu sur la photo ci dessu la piaule est on ne peut plus typique avec un sol de tatamis, une fenêtre en papier washi et un yukata fourni pour pouvoir se rendre plus facilement au vestiaire de la salle de bain.
En effet la particularité est que celle-ci est un sento donc une salle de bain commune (rassurez vous il y a une salle pour les femmes et une autre pour les hommes et les chemins pour s'y rendre sont différents donc aucun risque de situations vaudevillesques).
Il y a ainsi une baignoire pour une dizaine de personnes chauffée à 40 degrés entourée de huit postes de douches par lesquels vous devrez passer si vous souhaitez vous baigner !
Pour ma part j'étais seul les deux moments où je m'y suis rendu (et non je n'ai pas attendu qu'il soit minuit pour ça, je suis introverti mais pas à ce point là) et l'expérience fut assez amusante quoi que déroutante : se laver assis avec une bassine avant d'aller se plonger dans un bain ultra-chaud pour terminer avec une douche glacée, le tout en se disant qu'à n'importe quel moment un gus pourrait débarquer pour se savonner le sifflet dans la douche d'à côté on ne fait pas ça tous les jours !
En tout cas je peux dire avec certitude que ce bain chaud aura eu pour effet de me redonner un coup de boost : j'ai l'impression qu'après cela mon pied gauche va enfin mieux et les quelques courbatures causées par mes 12 km de marche quotidiens ont été largement atténuées pour ne pas dire complètement effacées.
La nuit sur les tatamis en revanche fut un peu plus compliquée que prévu : c'est que des nuits à dormir au dojo de l'Asptt Toulon ou du JAC St Mandrier j'en ai passées quelques unes donc je me disais "dormir sur des tatamis au Japon ? Bande de ploucs c'est facile je fais ça quand je veux".
Sauf que c'était sans compter sur la dureté des tatamis japonais autrement plus prononcée et que cette fois-ci il n'y avait pas d'apéro de veillée à la Leffe 33 au sirop de houblon avant le dodo pour se laisser plus facilement embarquer par ce bon vieux Morphée.
Mais qu'importe l'expérience fut amusante et je suis à quelques stations de métro de Nagoya-jo, et autant dire que là je vais en prendre plein les mirettes !
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