Après avoir visité l'impressionnant château de Nagoya, je me retrouve à nouveau au Ryokan Meiryu pour la deuxième et dernière nuit avant mon départ pour la capitale japonaise.
Est-ce parce que mon pied gauche est toujours douloureux ? Est-ce parce que je me suis senti tellement bien à Kyoto ? Est-ce parce que je marche environ douze kilomètres par jour depuis le début du voyage ?
Toujours est-il que je me sens assez fatigué et un peu déçu de ne pas avoir eu le même pep's que d'habitude pour découvrir Nagoya.
Certes le château était magnifique mais contrairement à Kyoto et Hiroshima je n'ai pas vraiment eu l'occasion de réellement explorer les quartiers et de me laisser déambuler dans les rues. Remarquez étant donné la taille de la ville le métro était obligatoire donc en prenant le métro on ne peut pas forcément faire de découvertes surprises.
C'est ainsi qu'après une sieste salvatrice je me décide à arpenter le quartier de Kamimaezu tandis que la nuit tombe. Je découvre ainsi Clover, une petite friperie où je vais pouvoir me procurer un t-shirt plus aéré que ceux que j'avais emportés pour le voyage.
Parce que croyez moi il ne faut pas sous-estimer le soleil japonais en ce début du mois d'octobre : il m'est arrivé de porter deux t-shirts par jour tant le premier pouvait rapidement déclarer forfait face à la sueur.
Mais heureusement le vendeur illustra une nouvelle fois la détermination des commerçants japonais lorsqu'il s'agit de satisfaire le client : j'ai simplement demandé un T-shirt qui me garderait au frais et le gars m'a rapporté littéralement tous les articles correspondants.
Impossible de ne pas en prendre au moins un, car même si les motifs ne me plaisent pas des masses je ne me sens pas de repartir les mains vides après qu'il ait passé dix minutes à faire le tour du magasin pour trouver ce que je demandais... Et aussi parce que je n'aurai pas le temps de laver mes fringues avant de quitter Nagoya et qu'il est hors de question que je débarque à Tokyo dans des frusques sales !
Mais bien entendu vous avez cliqué sur cet article c'est parce qu'en petits gourmands que vous êtes vous avez reconnu le terme "yakiniku" !
En rentrant de la friperie je longe la rivière puis alors que l'obscurité a pris possession des rues je remarque une enseigne sur laquelle je sais reconnaître les deux kanji principaux : Yaki et Niku.
Soit "grillé" et "viande".
Du coup au cas où il faudrait être plus précis il me semble que c'est le timing parfait pour vous signaler que si vous êtes végétarien ou végan c'est le moment idéal pour stopper la lecture !
Je rentre ainsi au restaurant Yakiniku Hanake qui n'est pas encore pris d'assaut par les clients : la nuit est peut-être tombée mais il n'est encore que 18h30.
Le personnel est sympathique et bien que ne parlant pas anglais mes quelques mots en japonais suffisent pour indiquer que je suis seul et leur demander l'autorisation de photographier la salle.
Jusqu'ici j'ai testé pas mal de restaurants "franchisés" qui s'ils étaient très bons n'étaient pas des auberges traditionnelles tenues par des passionnés, mais je me trouve cette fois-ci dans un établissement discret, à la décoration sobre mais au style boisé typique de ce genre de restaurants.
Une fois assis à la table (qui comporte un joli barbecue central) je découvre que la carte est électronique.
J'ai beau être contre cette mode de merde qui consiste à supprimer des emplois pour coller des machines au nom du sacro-culte du saint-progrès que l'on ne peut pas arrêter, mais non seulement dans le cas présent le service restera assuré par des humains mais en plus je ne vais pas nier qu'il est plus facile pour un gaijin de régler la tablette en anglais et de cliquer sur les plats.
Et puis au moins on évite cette idée naze de menu-QR code qui déconne une fois sur deux et qui me rappelle trop les mesures covid pour que je puisse apprécier le concept !
Il y a ainsi un large choix de viandes et évidemment le fameux boeuf wagyu dont la réputation n'est plus à faire.
J'en ai déjà goûté un à Hiroshima et la tendresse de la viande m'avait collé une bonne claque, mais même en ayant déjà une idée de ce qui m'attendait je ne savais pas qu'il pouvait y avoir encore mieux !
Alors oui j'en entends déjà derrière leur écran qui se disent "c'est quoi ce naze il a même pas goûté le boeuf de Kobe et il vient parler", mais il n'empêche que tandis que je dégustais les cinq tranches commandées j'ai eu cette sensation dont on ne fait l'expérience que trop rarement au restaurant.
La sensation de manger un produit non seulement incroyablement délicieux mais dont on sait qu'on n'en mangera certainement plus avant un moment, faisant du plat notre préféré de sa catégorie.
Ok, je n'ai pas encore eu la chance de goûter au célèbre boeuf de Kobe, mais celui-ci était fabuleux au point que je peux écrire sans hésitation que c'est chez Yakiniku Hanake que j'ai dévorée la meilleure viande de boeuf de mon existence.
Et comme j'arrivais à la cinquième et dernière tranche, à votre avis qu'ai-je bien pu faire ?
Cogiter.
Cogiter jusqu'à réaliser que si j'avais mangé d'excellents sushis le vendredi soir précédent mon départ je n'avais pas vraiment fêté mes trente-trois ans puisque mon anniversaire tombait le jeudi avant le départ.
Donc tant pis même si l'addition sera proche des 50 balles je commande dix nouvelles tranches qui correspondent pile poil au nombre de jours que j'ai passé sur l'archipel.
Si ça ce n'est pas de la poésie de gros sac je ne m'y connais pas, mais j'assume que ce festin de wagyu à Nagoya sera difficilement égalable...
Repus et satisfait d'avoir trouvé un autre endroit qui marquerait cette étape du voyage, je rentre enfin au ryokan pour une ultime nuit sur futon.
Sans me douter que le lendemain j'allais arriver dans le meilleur hébergement de ces 18 jours.
Hé ouais, le teasing mes chers amis, le teasing !
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