Hop hop hop !
Attendez un peu, je vous vois venir avec les raccourcis faciles.
Je peux concevoir que le titre de cet article couplé à la légende de la première photo peut effectivement constituer un tout suggérant que le poisson avait été fourni par Ordralfabétix et que je me consolais en me disant que la ballade avait rattrapé le tout...
Que nenni !
Cependant si la plupart de mes expéditions au Japon se sont déroulées exactement comme je l'imaginais et m'ont réservé des surprises et des rencontres absolument bouleversantes, il y a bien eu quelques cas où la déception fut au rendez vous.
Aussi ce matin là alors que je dévorai le délicieux onigiri au saumon concocté par la makanai de Toco, le goût du poisson me fit me rappeler que j'avais promis à mon oncle de me rendre au fameux marché aux poissons de Tokyo.
Présente à la table du repas, Haruna me renseigne alors en m'indiquant qu'il s'agit de Tsukiji, cela tombe bien car il n'y a rien de plus simple pour s'y rendre depuis l'auberge : je n'ai qu'à prendre la ligne Hibiya à l'arrêt Iriya (facile comme aide mémoire pour se rappeler le point de départ) puis descendre une dizaine de minutes plus tard à Tsukiji.
Facile dites vous ?
En effet, mais le problème ne réside pas dans le trajet pour une fois.
Je quitte le métro tokyoïte et cette promenade démarre par une surprise puisque je reconnais l'endroit où je suis sorti : une séquence du film Watashi o Kuitomete (alias Tempura dans nos contrées) se déroule en effet dans cette rue où se trouve le temple Hongan-ji.
Je m'amuse de ce hasard car il s'agit de l'un de mes films nippons préférés, mais pour autant le fait qu'un temple bouddhiste ressemble plus à l'entrée d'un palais de justice ne me dévie pas de mon objectif premier : trouver du poisson !
Je continue sur quelques dizaines de mètres jusqu'à découvrir une rue remplie d'échoppes et de petits restaurants de street food, et bien qu'il ne soit même pas dix heures du matin l'ambiance bat déjà son plein : les rues sont noires de monde et en dépit du petit déj' avalé même pas une demi-heure plus tôt il est difficile de résister à l'envie de goûter à un tempura ou à du poisson grillé !
Mais je me heurte soudainement au premier couac de la journée : le bâtiment qui constitue le marché en question est bien ouvert au public, mais il est strictement interdit de prendre des photos.
Arf, ça va être difficile de ramener une photo des étalages à mon oncle comme promis.
Et si il n'y avait que ça, je me dis soudainement que malgré la qualité des produits exposés (vous en voulez des écrevisses, des anguilles et des fruits de mer vous ?) le tout me paraît bien minuscule pour un endroit réputé comme étant le plus grand des marchés aux poissons.
Je quitte le bâtiment et m'arrête au temple Namiyoke Inari afin d'acquérir un charme d'ordinaire destiné aux pêcheurs pour que mon oncle ait au moins un souvenir du coin.
Et alors que je ressors du lieux de culte, je constate qu'une énorme palissade masque la vue sur des centaines de mètres.
Je me décide à m'aventurer sur le spectaculaire pont de Tsukiji afin de voir si la position surélevée ne m'aidera pas à comprendre pourquoi un tel chantier. Et effectivement une fois sur le pont je réalise que la zone en travaux est assez immense et correspondrait bien mieux à l'idée que je me faisais du plus grand marché du monde !
Quel con, tout ce trajet pour voir un chantier alors qu'en tant que toulonnais je vois des tractopelles, des feux rouge à circulation alternée et des échafaudages partout depuis ma naissance...
De retour à Toco j'explique à Haruna que j'ai bien aimé cette petite promenade mais que ce n'était pas vraiment ce à quoi je m'attendais.
Je lis alors un peu de gêne dans le regard de mon interlocutrice qui m'explique avoir fait une confusion : le marché a été déplacé à Toyosu.
Bon. Ce n'est pas grave j'ai encore deux matins à passer à Tokyo, alors je tenterai le coup le lendemain !
Après une nuit sans bûcherons chinois (pour comprendre l'allusion, je vous invite à cliquer ici -oui c'est encore le bon vieux coup pour vous faire cliquer sur une autre page, j'assume-) et un petit déjeuner qui me donne envie de m'enrôler dans le staff pour apprendre toutes leurs recettes, me voici à nouveau à la recherche des poissons frais par milliers !
Cette fois le trajet ne va pas être aussi facile : il va me falloir entre trente et quarante minutes de métro, et même si je suis épaté par la capacité du réseau de transport japonais à proposer autant d'itinéraires possibles j'avoue que sur le coup j'espère que le jeu en vaudra la chandelle.
Une fois la fourmilière traversée je découvre qu'il me reste encore pas mal de marche jusqu'à Toyosu : il y a plusieurs sorties dans la station où je devais descendre et bien entendu je suis sur celle qui est la plus éloignée du marché.
Après une bonne marche j'arrive enfin en vue de Toyosu et là autant dire que le côté pittoresque en prend un coup puisque j'ai l'impression d'être arrivé devant l'usine Tricatel mais sans Coluche et De Funès qui s'introduisent en douce dans la place.
A l'entrée le gardien m'explique qu'il y a une zone pour les visiteurs et que le reste est réservé aux professionnels.
Bon, je vais m'en contenter : j'entre dans le bâtiment des visiteurs et me retrouve face à une reproduction de thon grandeur nature qui donne le La concernant les ventes qui doivent se dérouler par ici !
Hélas je ne verrai strictement rien puisque à l'heure où je suis arrivé (pas si tard en plus, environ neuf heures et demi) les ventes ont déjà eu lieu et le point de vue sur la salle des enchères est le plus triste qui soit puisque tout a déjà été remballé.
Au moins j'aurai des explications grâce à l'historique du marché proposé dans ce mini-musée.
Il s'avère que le marché se trouvait à l'origine à Tsukiji (coucou le chantier horrible croisé la veille) mais que en dépit de l'aspect haut en couleurs de l'endroit les autorités ont décrété que les normes d'hygiène n'était plus respectées et qu'il valait mieux délocaliser à Toyosu dans une belle usine sans âme réservées aux restaurateurs et aux pêcheurs.
Soit mais la modernité y gagnera ce que l'affection y perdra, c'est con mais si le staff de Toco m'a cash parlé de Tsukiji lorsque j'ai parlé de marché aux poissons alors que le déménagement a eu lieu en 2018 c'est qu'il y a certainement une raison.
Je ne vous laisserai donc pas sans conseils si vous voulez absolument assister à une vente aux enchères à Toyosu et observer le ballet des chariots qui déversent les tons entiers par dizaines, il va vous falloir commencer par vous lever très tôt.
La vente à la criée se déroule normalement entre 4 et 6 heures du matin, ce qui va vous poser un problème car les métro n'ouvrent pas avant 5 heures, donc si votre hôtel est trop loin vous serez marrons quoi qu'il arrive.
En revanche vous pouvez tenter de trouver une visite organisée et vous arranger pour vous faire déposer en taxi le plus tôt possible.
Maintenant bien que je sois conscient d'être un rookie qui aurait du mieux préparer son coup, je dois quand même le dire : si vous devez choisir et si vous ne voulez pas passer par une visite guidée, misez plutôt sur Tsukiji.
Parce que sincèrement l'aile des visiteurs à Toyosu se franchit en moins de vingt minutes et qu'il n'y a qu'un seul point d'observation sur le marché en question.
Par contre même si Tsukiji n'est plus un marché aux poissons il demeure parmi ces quelques petites rues une véritable âme, un coeur de quartier où le poisson est à la fête et où les passionnés ne sauront où donner de la tête devant tous ces restaurants.
Dernière astuce, même si partir à l'aventure sans plan ultra précis et sans emploi du temps surchargé fait du bien à l'esprit, parfois il vaut mieux se préparer un minimum tout de même.
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