Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Gaff-in-Japan

Le Japon à travers le regard d'un doux ahuri

Promenade nocturne, sukiyaki et fleurs de Kyoto

Publié le 12 Novembre 2025 par Gaffeur in Kyoto, Nourriture

Chouette cadre pour une ballade !

Chouette cadre pour une ballade !

Publicité

Il y a quelques jours je tombais sur un post provenant d'un touriste visiblement déçu de son escapade à Kyoto en commentant "opinion impopulaire : Kyoto c'est devenu Disneyland". 

Objectivement pour y avoir effectué deux séjours pour un total d'une douzaine de jours je peux comprendre la position de cet internaute dans le sens où je préfère vous le dire tout net : si vous avez prévu de visiter la ville au cours d'un voyage organisé où les bus vous déposeront et vous ramèneront pendant la journée, vous n'allez pas passer un moment très féérique. 

Certes vous allez voir les hanamachi, vous ramènerez un tas de souvenirs et vous mangerez très bien, mais vous allez rapidement comprendre que le japonais n'est que la troisième langue parlée derrière l'anglais et le français devant la foule de visiteurs qui se ruent dans les temples et qui se massent devant les ochaya et okiya les plus grandes pour espérer une photo ou une vidéo floue d'une maiko. 

C'est pourquoi je vous encourage à oser sortir plus tard et à ne visiter le quartier de Gion (l'une des principales destinations) qu'à partir de 20 heures car à cette heure là la grande majorité des cars de tourisme sont déjà repartis et ont embarqué avec eux au moins 80% des visiteurs. 

C'est ainsi avec ce plan en tête que je me suis lancé dans une petite promenade nocturne vers le quartier des fleurs, en ayant dans l'esprit la découverte d'un bon petit restaurant et pourquoi pas avoir la chance d'apercevoir l'une de ces silhouettes si élégantes qui affolent tant les touristes. 

Me voici donc parti depuis Nijo pour quarante minutes de marche où le souvenir du contraste entre modernité et tradition qui caractérise si bien cette ville rejaillit alors que je me lance dans l'immense ligne droite jusqu'à Gion.

Impossible en effet de ne pas croiser des voitures de luxe dans cette artère très commerçante où les boutiques de luxe, les mall et les restaurants type Starbucks et autres McDo pullulent. 

On a peine à croire qu'à seulement quelques dizaines de mètres de cette débauche de modernité à l'occidentale se trouve l'un des endroits les plus traditionnels du pays. 

Je pourrai me promener tous les soirs dans ces quelques rues

Je pourrai me promener tous les soirs dans ces quelques rues

Tiens, ces chères Kiyo et Sumire !

Tiens, ces chères Kiyo et Sumire !

Publicité

Quel plaisir de retrouver le quartier de Gion à cette heure où la nuit est tombée : certes il est difficile d'immortaliser le quartier avec un tel éclairage mais justement ! Quoi de mieux que de se retrouver privé d'appareil photo pour pouvoir admirer de vos propres yeux un tel endroit ? 

Les petites rues aux odeurs boisées, les multiples affiches de spectacles de geisha, les routes cachées dans les hauteurs du quartier qui vous donnent l'impression d'avoir atterri dans une version un peu moins champêtre de Hobbitebourg... Quel spectacle que Gion by night !

Je souris en remarquant au milieu des affiches un poster de la série Netflix The Makanai (dont je ne peux que vous recommander le visionnage si vous souhaitez vous plongez dans neuf heures de calme, de gourmandise et d'humour léger) et me remémore avec plaisir certaines séquences lorsque soudain je me souviens d'une scène en particulier.

Au cours de celle-ci nous apprenons que si une geisha ou une maiko n'a qu'un seul contrat au cours d'une soirée elle rentrera à son okiya vers 22h ou 22h30...

Je vérifie sur mon téléphone : 21 heures. 

Hum... Je pense que j'ai le temps de me trouver un petit resto avant de revenir pour vérifier si ma théorie est bonne ou bien si la série s'est simplement foutue de nos poires. 

Voilà donc pour info, vous n'êtes pas sensés manger ça en premier

Voilà donc pour info, vous n'êtes pas sensés manger ça en premier

Ce n'est pas l'idée que j'ai de la façon de manger de la viande, mais quel régal !

Ce n'est pas l'idée que j'ai de la façon de manger de la viande, mais quel régal !

Tominojo.

Situé à quelques pas du hanamachi, l'enseigne me semble de loin assez uppée : le noren est élégant et la mise en avant du boeuf de Kobe sur la devanture me fait vraiment croire qu'un type dans mon style qui se trimbale en pantalon de rando avec un t-shirt qui commence à être attaqué par la sueur n'aurait pas sa place dans ce restaurant.

Pourtant l'un des employés arrive à cet instant de l'étage et me lance un grand sourire qui met fin à mon hésitation "vous voulez entrer ?" "euh oui mais je suis un peu mal sapé", "houla mais on s'en fiche nous ! Du moment que vous faites un bon repas !"

Je rentre dans la salle et les autres serveurs me font littéralement une fête lorsqu'ils me demandent d'où je viens et que je réponds que je suis français. Je ne comprendrais décidément pas comment nous qui passons notre temps à nous disputer et nous faire la gueule pouvons être aussi bien vus par des gens aussi chaleureux ? 

Bref je m'installe et commande un sukiyaki de boeuf de Kobe en ne sachant absolument pas à quoi m'attendre car je n'ai jamais dégusté un tel plat. 
Je m'excuserai d'ailleurs en fin de repas à l'une des serveuse qui rira sincèrement lorsque je lui explique que mon ignorance m'a fait manger les aromates du bouillon en pensant qu'il s'agissait de l'entrée. 

Effectivement vous pouvez manger les oignons, le tofu et les autres légumes qui flottent mais dans le sens où ils sont sensés parfumer votre viande mieux vaut les garder pour la fin. 

Mais en dehors de cette petite erreur quel repas aussi délicieux que surprenant ! 

Si vous commandez du boeuf de Kobe dans ce restaurant, le personnel va trancher en direct live la pièce du jour et vous livrer un petit show pour vous remercier d'avoir commandé cette viande luxueuse. 

Moi qui aime manger discrètement, j'avoue avoir été aussi amusé que gêné !

Et puis alors que vous vous dites que vous allez vous envoyer un morceau exceptionnel une petite nana arrive avec... De la barbe à papa qu'elle plonge dans votre bouillon.... "Mais qu'est ce qu'elle fait elle veut être virée elle ou quoi ?" me dis-je par réflexe, mais devant mon air probablement plus ahuri que d'habitude la miss m'explique qu'il faut sucrer le bouillon et que le sucre fond plus facilement sous cette forme là car cela évite la formation de billes de caramel.

Ah, ouf ! Parce que je commençais à me demander ce qui serait servi après : un cacolac dans le bouillon, un schtroumpf en gélatine ou la célèbre morue aux fraises de Gaston Lagaffe ? 

Cependant je dois dire que j'ai été on ne peut plus comblé par la générosité de la portion : une dizaine de tranches à faire cuire en quelques instants dans le bouillon. Puis on vous apportera une bonne portion de nouilles qui là aussi devront être plongées dans votre mini-marmite, sans oublier le tamago kake gohan qui accompagne le tout.

Et si vous rechignez à l'idée de mélanger un oeuf cru avec du riz, dites vous que vous avez probablement déjà fait la même chose cent fois avec la carbonara et que c'était très bon. 

Pour finir à la fin Yuna le serveur qui s'est occupé de moi toute la soirée m'indique que le restaurant offre une petite photo à chaque client en compagnie d'un membre du personnel en guise de souvenir. 

Qu'à cela ne tienne, je tiens bien à me rappeler d'un gars aussi bonnard que ce mec !

Publicité
Et en plus après on rajoute les nouilles

Et en plus après on rajoute les nouilles

Repus je quitte le restaurant après avoir promis à Yuna de revenir un de ces quatre et jette un nouveau coup d'oeil à l'heure : 22 heures pétantes, le timing est parfait pour aller arpenter une dernière fois les ruelles du hanamachi. 

L'un des rares souvenirs amers de mon premier voyage résidait dans cette scène triste à souhait où la seule maiko aperçue pendant le séjour avait été prise d'assaut par une foule de photographes comme Sarkozy au moment de partir à l'ombre. 

Et bien cette promenade m'a offert ce que je n'avais pas trouvé l'an passé : croiser à chaque coin de rue ou presque les maiko qui rentrent de leurs engagements et qui déambulent sereinement dans un quartier quasiment désertés par les badauds. 

Tandis que j'enfilais maladroitement ma veste je fut surpris par la silhouette hors du temps d'une geisha arborant un kimono rose pâle et qui avançait dans ma direction d'un pas gracieux mais avec un air légèrement méfiant. 

Cependant mes convictions n'ont pas changé : la vision d'une maiko ou d'une geisha parcourant le hanamachi est trop rare et belle pour gâcher l'instant avec une photo ou une vidéo. 

Je m'incline tout doucement pour lui signifier que je ne suis pas un paparazzi du dimanche et je note un début de sourire en coin... Tu m'étonnes : étant donné que je suis encore à moitié mal fagoté avec ma veste pleine de plis j'ai du lui offrir la révérence la plus improbable de sa carrière. 

Mais qu'importe, ce soir le hanamachi était en fleurs et même si je n'ai pas de photos à vous montrer je suis ravi d'avoir croisé la maiko de l'an dernier ! Toujours dans son kimono bleu avec son obi violet et qui rentrait dans la même okiya, cette fois-ci avec un magnifique sourire adressé aux quelques passants qui n'avaient pas d'intentions photographiques. 

Ainsi pour répondre à l'internaute que je citais en haut de page oui Kyoto est une ville extrêmement touristique et elle peut séduire autant que frustrer. 
Mais si on est prêt à ne pas suivre la masse, à simplement se laisser porter par le vent au bon moment de la soirée et surtout à se montrer respectueux, Kyoto fait rêver. 

Je peux renter le ventre plein et les yeux épatés

Je peux renter le ventre plein et les yeux épatés

Publicité
Commenter cet article
Publicité