"- Salut Ken, je suis sorti côté Ouest !
- Oh, moi je suis à l'Est on va se retrouver à Uniqlo je t'envoie les coordonnées."
Commençons par une petite précision, si un jour quelqu'un vous donne rendez-vous à Shinjuku ne faites surtout pas comme moi et ayez la présence d'esprit de demander à quelle sortie ou à minima dans quelle direction vous allez vous retrouver !
Parce que si vous pensiez que la station Châtelet - Les Halles à Paris était l'endroit le plus bordélique du monde voici une petite information gratuite en passant : à Châtelet il y a 17 sorties, à Shinjuku il y a pas loin de 200 points d'accès à la station.
N'étant pas du tout un habitué des transports en commun malgré une semaine passée à Tokyo l'année dernière, je me trouve en fâcheuse posture une fois descendu de la rame car si je suis bien arrivé à Shinjuku il me faut un sacré moment à parcourir les couloirs et les galeries marchandes comme une souris paumée dans son labyrinthe.
Finalement j'arrive enfin à sentir de l'air frais et à quitter pour de bon la station pour me retrouver face à un décor de gratte-ciels et une véritable foule qui s'active à la recherche d'un restaurant ou d'un bar pour passer la soirée.
Armé de mon précieux pocket wifi je parviens à trouver le Uniqlo indiqué par Kenta en espérant que ce soit le seul établissement de la marque dans le quartier, mais soudain un visage familier surgit et me lance "Hey Quentin my friend !", ce qui est un bon indice sur le fait que je suis bien au bon endroit !
Cela fait un an que nous nous étions croisés à l'auberge Toco, et nous avions convenu d'aller prendre un verre si je repassais à Tokyo.
Ce soir il n'est donc pas question de boire un coup (hum) mais de tenir une parole donnée !
Mais pour commencer, où allons nous manger ?
Je dois l'admettre, au départ je me suis demandé si on ne s'était pas fourré dans une souricière ! Nous avons en effet choisi de suivre un jeune qui faisait la pub d'un restaurant au dernier étage d'un des bâtiments non loin du Uniqlo.
Et comment vous dire à quel point l'ascenseur devait être le plus petit du monde : un coup de chance que j'ai perdu quelques kilos cette année car je suis certain que quelques temps auparavant mon bide aurait empêché la porte de se refermer !
Je m'attendais presque à ce que les portes s'ouvrent devant un groupe de yakuzas équipés de battes de baseball, mais nous nous retrouvons dans un établissement type izakaya à la décoration relax où nous allons passer deux heures à déguster pas mal de bonnes choses.
Ken m'avait demandé quelques heures plus tôt si je pouvais tout manger, et si d'ordinaire je suis assez emmerdeur sur la bouffe allez savoir pourquoi au Japon je goûte des plats que j'aurai esquivé sans vergogne en temps normal, donc aucun souci concernant le choix du restaurant en soi.
Je m'attendais donc à tester un plat particulier mais Ken m'explique que le restaurant propose une formule tabehoudai et nomihoudai soit un coût d'un peu plus de trois mille yen par larron (environ vingt euros) et ainsi la possibilité de manger et boire à volonté pendant deux heures tous les articles présents sur la carte que nous tend la serveuse.
En voilà un bon plan !
Karaage croustillants, sashimis de saumon, beignets de poulpe (après avoir testé et trouvé cela très bon je regrette de ne pas avoir tenté les takoyaki à Osaka), frites, edamame, nouilles udon, kimchi... Nous commandons facilement une dizaine d'assiettes avec (et là je dois avouer que j'ai perdu le compte) au moins quatre tournées de bières.
Pour finir nous commandons du saké mais alors que nourri par des décennies de restaurants français je m'attendais à un shot, comme lorsqu'on demande une vodka ou un digeo voilà que la demoiselle nous apporte une carafe en céramique digne de ce que l'on peut trouver dans les films de samouraïs... On va rire pour finir ça.
Bah mon vieux, le combo nourriture/boisson à volonté couplé à de la qualité pour un tel prix, nous aurions de quoi en prendre des leçons par chez nous tiens !
Tandis que nous faisons quelques pas dans les rues de Shinjuku by night je me remémore soudainement l'une des répliques du film Wasabi avec Jean Reno : "Quoi ta fille habite à Shinjuku ? Hé fais gaffe c'est le quartier des putes ça !"
J'y repense car nous venons de passer l'une de ces fameuses rues où de chaque côté se tiennent des dizaines de filles sapées en poupées, en businesswoman ou en étudiantes portant des panneaux avec ce qu'il me semble être les tarifs et les adresses d'hôtels ou de bars où il vaut mieux ne pas mettre les pieds si on veut éviter de se retrouver dans un remake nippon de Midnight Express.
Pourtant rassurez vous le but de notre promenade n'est pas de se frotter à la criminalité ou à quelques uns des tristement célèbres toyoko kids en train de dégueuler leur bière.
Nous nous dirigeons en effet vers la tour Kabukicho qui contrairement à ce que son nom indique n'est pas (ou plutôt n'est plus) un endroit dédié au célèbre théâtre traditionnel japonais.
A l'intérieur se trouvent des clubs, des casinos et des tas de lieux d'amusements sélects si j'en crois les vigiles et les cordons limitant le parcours des visiteurs.
Mais si nous sommes là c'est parce qu'il y a quelques minutes mon guide et ami m'a demandé si je jouais à Mario Kart...
Au rez-de-chaussée de la tour se trouve ainsi un paradis pour geeks avec des dizaines de bornes d'arcades et de gacha à faire frémir tous les visiteurs du Mang'Azur de Toulon : c'est qu'ici l'essai ne coûte que quelques centaines de yen contre quatre euros en France !
Mais voici que se dresse le fameux Mario Kart et autant dire qu'on est loin de la version de salon avec le volant Wii ou les joy-con de la Switch : la borne nous propose carrément le frein, l'accélérateur sans oublier bien entendu le volant ainsi qu'un siège digne de ce nom.
Quel personnage vais-je choisir ? Je pensais que j'allais bien entendu opter pour ce bon vieux Donkey (en même temps un gorille avec une cravate, trouvez moi plus classe !) lorsque la frisotée moustache en forme d'éclair de ce cher Wario a attiré mon regard.
C'est comme ça, j'ai toujours adoré les méchants ! De plus avec ma casquette irlandaise et ma moustache pas très bien taillée je fais une bonne incarnation du plombier maléfique, il ne me manque plus que les fringues violettes et jaunes en fait.
Quelques instants plus tard nous voici lancés sur une piste que je ne connais pas et truffée de bonus dont j'ignorais l'existence : à quoi sert cette espèce d'écuelle ? Et le klaxon sur le volant il se passe quoi si j'appuie ? Ce pauvre Ken qui passait par là au moment où je faisais des tests en fera les frais : le klaxon permet d'activer les objets et l'écuelle ressemble au boomerang de la version Switch.
Quel dommage que le jeu ne propose que deux tours par partie, contre trois sur les versions consoles. Mais bon il faut bien pousser le client à remettre des pièces dans l'appareil !
En tout cas entre la nourriture, le cadre et la promenade geek cette petite excursion à Shinjuku aura été particulièrement amusante, et à présent je peux regagner l'auberge Toco sans crainte puisque mon pote m'a accompagné jusqu'au bon train histoire que je ne me perde pas à nouveau dans les souterrains de Shinjuku.
Merci encore à toi mon ami pour cette ballade, on se fera la même lors de ton passage en France !
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