La dernière fois je vous laissai avec quelques notes de shamisen ainsi que le souvenir d'avoir aperçu une véritable apprentie geisha dans les rues du Hanamachi de Kyoto.
Il est vrai que comme personnages atypiques du Japon les geishas se posent tout de même là, surtout que leur profession a traversé l'Histoire jusqu'à nos jours ce qui n'est tout de même pas rien de la part d'un métier qui demande une vie de dévotion et de privation.
Maintenant si je vous demande de me citer une figure iconique du pays du Soleil Levant en dehors des geishas, on est d'accord que cent pour cent d'entre vous vont me répondre "le samouraï".
Parce que si le rôle d'une geisha n'est pas forcément connu de chacun, tout le monde sait que les samouraïs étaient les guerriers japonais dont les derniers représentants existaient encore il y a 150 ans seulement !
Je veux dire, imaginez un peu si on vous disait qu'il y a moins de deux siècles en France on trouvait des chevaliers en armure tels que Roland ou Bayard ?
Le samouraï, son katana et son armure fascinent également de par la représentation cinématographique que nous avons de ces épéistes redoutables : en règle général les samouraïs sont synonymes de succès garanti et ce ne sont pas les 18 emmy raflés (et mérités) par la série Shogun cette année qui nous prouveront le contraire !
Pour ma part je ne m'imaginais pas repartir de l'archipel sans avoir pu essayer un katana, aussi me suis-je inscrit à la Samourai Experience proposée à Kyoto et qui en plus était parfaitement située : dix minutes de marche depuis mon hôtel et à une minute du Cafe Neighbors où je suis entré complètement par hasard pour découvrir une salle reposante, un gérant à l'anglais excellent dont la gentillesse fut un régal presque aussi grand que les délices proposés en guise de petit déjeuner.
Mais j'aurai l'occasion de revenir plus en détails sur cet endroit par la suite, revenons donc à cette maison traditionnelle dans laquelle se cache non pas un piège à touristes mais bel et bien un spectacle interactif incroyable.
Vous pensez que les samouraïs n'existent plus ?
On va voir.
Tandis que le staff est en train de m'équiper d'un kimono complet noir dans lequel j'éprouve un confort inattendu (il fait toujours trèèès chaud et étant donnée l'habitude de chaque commerce/restaurant/hôtel de régler la clim à 22 degrés la surcouche de vêtements se supporte très bien) j'observe le cadre autour de moi.
Il y a deux armures dont l'usure me laisse croire qu'il ne s'agit pas de reproductions de musées, un taiko énorme et plusieurs paravents encadrent un sol bien entendu composé de tatamis.
Une dizaine de coussins sont posés au sol pour le groupe auquel j'appartiens aujourd'hui. Une fois vêtus nous nous installons sur les tatamis pour une petite leçon par une interprète anglaise sur la vie des samouraïs et sur les significations des symboles et de l'architecture de la maison.
J'apprend ainsi que l'entrée que je trouvais extrêmement basse même une fois mon gabarit mis hors de cause était conçue ainsi pour qu'un seul garde puisse surveiller l'accès. Il n'est pas difficile d'imaginer que celui qui voudrait pénétrer par effraction dans la bâtisse n'aurait aucune visibilité et que sa position forcément penchée vers l'avant serait la meilleure occasion de finir la tête séparée du corps avant d'avoir eu le temps de dire Quidditch.
Tu m'étonnes que dans les films les ninjas passent par le toit du coup !
Mais alors que l'explication touche à sa fin un premier homme pousse la porte en washi et nous salue silencieusement avant d'aller s'installer sur la droite avec son shamisen.
Tiens, aurions nous droit à un concert en plus de l'activité ?
Un second entre à son tour et s'installe à côté du taiko.
Ouais, ils vont nous jouer un morceau.
Arrive alors le premier épéiste de la matinée dont nous apprendrons plus tard qu'il pratique le sabre depuis quatorze années.
A mon grand étonnement l'homme en question arbore une fine moustache, étant donné que 99.5% des japonais que j'ai croisés pendant mon périple étaient imberbes, ce détail me fait penser qu'à l'inverse les samouraïs au cinéma ont souvent ce genre de moustache, ce qui renforce le visuel exceptionnel de cette démonstration.
L'air sérieux et concentré le sabreur s'agenouille et nous salue tandis que les musiciens entament une musique destinée certes à notre divertissement mais aussi pour stimuler le maître qui lorsqu'il se redresse affiche cette fois un air sévère.
Dans la salle personne ne moufte tant l'écho du shamisen et le vacarme du taiko nous ont transporté dans une autre époque.
Puis après quelques figures libres le samouraï tranche net les deux nattes de tatamis posées de part et d'autre de la pièce.
La musique s'arrête et notre hôte nous salue à nouveau avant d'arborer un franc sourire de satisfaction : je ne sais pas quelle tronche je tire mais je suis certain que mes yeux sont aussi écarquillés et mon sourire aussi large que ceux de mes compagnons d'activité.
Tandis qu'à l'aide de l'interprète le sabreur répond avec une gentillesse qui tranche (ahah) avec son air de samouraï dur à cuire, nous examinons les tatamis découpés à la perfection : pas un seul brin de bambou ne dépasse de la coupe.
Les portes s'ouvrent à nouveau pour nous dévoiler le petit jardin à l'extérieur. Nous sommes invités à nous avancer sur le porche pour observer une seconde démonstration, entièrement silencieuse cette fois.
Un épéiste plus jeune mais avec tout de même dix ans de sabre fait irruption et se place face à une cible composée de cinq nattes collées entre elles.
Après avoir salué sa cible, le sabreur prend plusieurs secondes pour se concentrer et tirer son sabre au clair au dessus de sa tête.
Là encore la concentration du gars est telle qu'on dirait presque qu'il transpire rien qu'en se préparant au coup. Trente secondes plus tard le sabre fend l'air et les cinq tatamis tombent au sol dans une diagonale parfaite.
Une minute de préparation pour une action qui durera au total 0.65 secondes (merci le timecode de mon logiciel de montage) et qui nous donne encore plus hâte d'essayer.
Après plusieurs exercices au boken (katana d'entraînement en bois) pour lesquels je me suis dis que le katana n'était probablement pas fait pour moi étant donné le nombre de fois où notre instructeur m'a corrigé sur mes placements et prises en main, nous allons pouvoir passer à la pratique avec un katana aiguisé à souhait.
Un sabre magnifique datant d'une quarantaine d'années si j'ai bien tendue l'oreille pendant les explications.
J'observe les premiers candidats à l'exercice et réalise que cela ne va pas être facile : les deux gars qui passent avant moi semblent en bien meilleure condition physique et malgré le fait qu'ils n'aient pas été corrigés pendant les phases au boken ils ne tranchent qu'au deuxième ou troisième coup.
Arrive alors mon tour et alors que l'excitation et la douzaines d'yeux fixés sur moi me font de plus en plus douter je frappe la cible en appliquant au maximum les consignes données par le maître pendant l'entraînement et pendant le passage des autres.
Je ne réalise pas tout de suite que j'ai bel et bien coupé la natte du premier coup !
Je fléchis alors les genoux pour frapper une seconde fois ainsi que l'a demandé notre instructeur et tranche net la cible à nouveau.
A la différence que cette fois-ci l'interprète et la demoiselle chargée de prendre les photos ont des yeux ronds comme des sous-bocks et que j'entend le maître dire "kanpeki deshita" avec un sourire et un léger mouvement de la tête.
Je ne me suis pas souvent senti extrêmement fier de moi, mais recevoir un "c'était parfait" de la part d'un gars qui a dix ans de sabre a quelque chose d'incroyablement gratifiant !
Hélas les deux coups suivants n'étaient pas aussi parfaits et la natte plus épaisse fut tranchée... Mais avec toujours un petit centimètre qui l'empêchait de tomber au sol.
Re-hélas après une agréable séquence de méditation collective à base d'encens et de son de bols tibétains il est l'heure de rendre le sabre et le kimono et de revenir en 2024.
Alors que j'enlevais la veste l'interprète note mon T-shirt arborant un samouraï du shinsengumi : "ooooh this is the shinsengumi ! You know, maybe 10 minutes walking from here you can visit their headquarter !"
Comment ? Je suis à dix minutes à pieds de la maison où le Shinsengumi a été fondé il y a 160 ans ? Bah allez on y va !
Malheureusement les photos sont interdites à l'intérieur de la maison.
Si vous suivez le blog vous savez ce que je pense des gens qui vivent leurs vacances uniquement via leur objectif donc cette règle m'en touche une sans faire bouger l'autre mais cela explique pourquoi je n'ai que la photo de l'extérieur à vous proposer.
A l'intérieur la visite se fait uniquement en japonais (d'ailleurs je suis le seul gaijin sur la dizaine de visiteurs), mais le guide mime beaucoup de choses et place des affichettes avec les noms des membres du groupe qui me permettent de situer où se trouvaient Saito Hajime et autres Okita Soji.
Oh pardon ! A ce stade si vous n'avez pas vu des films tels que Tabou, When the last sword is draw ou Les Derniers Samouraïs (de Kenji Misumi, pas celui avec Tom Cruise) vous vous demandez certainement de quoi je parle depuis la fin du paragraphe précédent ...
En 1864 le Shinsengumi est composé en majorité de ronins chargé d'assurer la sécurité de Kyoto lors de la période bakumatsu où le shogun et l'empereur appuyés par les clans Satsuma et Aizu étaient en conflit quand à l'avenir du Japon et l'ouverture à l'Occident.
Pendant cinq ans les membres du shinsengumi opéraient ainsi à Kyoto à la recherche de conspirateurs, de bandits et autres personnages qui auraient mieux fait de ne pas se trouver sur leur chemin.
Vous vous souvenez de l'anecdote sur la hauteur volontairement basse des entrées des maisons ?
Et bien si vous avez la chance de visiter ce qui fut autrefois le quartier-général du shinsengumi, vous trouverez sur la poutre transversale de la porte d'entrée d'une pièce la marque d'un coup de katana.
Tandis que Isami Kondo étudiait dans cette salle un assaillant s'est précipité vers lui et la lame de son katana s'est retrouvée bloquée par l'architecture de la porte. Bien entendu Isami Kondo lui a rendu la monnaie en le tranchant en deux, mais la trace toujours visible de ce coup dans un bois bien costaud donne une idée de la force de l'attaquant et de la façon dont notre officier aurait pu finir si la stratégie des portes basses n'avait pas été adoptée.
Bon j'avais dis qu'il n'y aurait pas beaucoup de photos et de vidéos, mais pour cette fois je vous propose un autre montage avec quelques plans de l'expérience samouraï avec un autre morceau joué par Aoi, au koto cette fois-ci !
/image%2F7054214%2F20241023%2Fob_7c78a4_img-20240926-094642.jpg)
/image%2F7054214%2F20241023%2Fob_96cd00_img-20240926-094359.jpg)
/image%2F7054214%2F20241023%2Fob_878e9f_sequence-03-00-01-41-01-still001.bmp)
/image%2F7054214%2F20241023%2Fob_bedbd0_img-20240926-145659.jpg)