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Gaff-in-Japan

Le Japon à travers le regard d'un doux ahuri

Le Kodokan à Tokyo - Le pèlerinage des Judokas

Publié le 25 Novembre 2024 par Gaffeur in Tokyo, Histoire

Kano Jigoro Sensei

Kano Jigoro Sensei

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Tandis que la grisaille et la pluie s'étaient plus ou moins effacées depuis mon arrivée à Kanamachi, je me demandais ce que je pourrais bien explorer en partant de ce sympathique quartier (dont je vous parlerai en détail un peu plus tard). 

C'est que mine de rien avec deux gares situées à 200 mètres de mon hébergement les possibilités de bouger sont assez énormes, même si Tokyo est une ville gigantesque. 

J'envisage au début de me rendre à un magasin officiel de kit-kat mais l'application m'indique que j'en aurai pour deux heures rien que pour le trajet aller. Mouais. Je suis gourmand mais pas au point de me taper quatre heures de métro ou de train pour aller m'acheter des gaufrettes !

Ou bien pourquoi pas me recueillir devant la sépulture de mon acteur japonais préféré ? Pas de chance là encore je suis à trois heures de trajet de la tombe de Toshiro Mifune.

"Dis donc pingouin j'espère que tu comptes aller voir le Kodokan quand tu seras à Tokyo". 

Les mots de mon parrain et oncle ont surgi alors que j'engloutissais mon deuxième mochi donut de la journée. 

C'est que mine de rien même si je ne suis pas monté sur les tatamis depuis fort longtemps je reste quand même un ancien judoka, alors pourquoi ne pas aller visiter le dojo fondé par Jigoro Kano ? 

Et en plus il n'y a qu'une heure de route !

Ca a commencé avec 20 mètres carrés

Ca a commencé avec 20 mètres carrés

J'arrive à la station Korakuen après l'exploit de ne pas m'être planté une seule fois de rame ou de direction dans le métro (comme quoi tout arrive) et n'ai besoin que de quelques minutes de marche pour me retrouver devant la statue du sensei : un Jigoro Kano grandeur nature se trouve dans la rue à deux pas de l'entrée du monument.

Je salue le fondateur du judo avant de me décider à franchir les portes de ce qui pour le moment ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait d'un dojo avec cette façade neutre qui m'évoque plus un bâtiment d'affaires que la Mecque des judokas !

L'entrée est gratuite et après m'être un peu renseigné il est possible d'assister aux entraînements en accédant aux gradins au sixième étage. 
Je me retrouve ainsi seul dans un gymnase au moins aussi grand que ceux dans lesquels j'ai participé à mes premières compétitions pour la ceinture noire, et j'ai une vue parfaite sur deux judokates japonaises (oui je sais la précision est foireuse vu qu'on est à Tokyo mais justement le nombre de judokas étrangers qui s'entraînent au Kodokan est élevé) en train d'effectuer le Ju No Kata. 

Je m'installe discrètement pour ne pas troubler leur concentration que je devine extrême : chaque mouvement, chaque geste, chaque posture est le fruit d'un travail acharné dont il ne peut résulter que la perfection.

Devant la manière dont la seconde se laisse soulever jusqu'à former un quasi angle-droit avec le tatami je réalise enfin à quel point le rôle de Uke (celui qui chute) est tout aussi important que celui de Tori (celui qui fait chuter). 

Seul le son des mains frappées par Uke pour signifier l'efficacité d'une clé vient rompre le silence et une fois la démonstration terminée les deux jeunes femmes effectuent les mouvements du cérémonial avant de saluer. 

Et là il me semble remarquer que Tori a fait quatre pas en reculant, pas trois. 

Vous ai-je dit que situé derrière les judokates un homme d'un âge très avancé se tient assis sur une chaise et affiche la mine fermée du joseki japonais rigoureux ? Bah je vous parie que si j'ai pu voir une erreur sur le cérémonial ce gars là aussi. 

Evidemment ce fut le cas.

Une fois salué le vieil homme se lève avec un sourire qui indique aux judokates que le résultat de leur démonstration est des plus impressionnants.  Mais une fois arrivé à côté de Tori, l'examinateur se place à côté d'elle et effectue les trois pas de clôture du cérémonial.

Et alors qu'à l'époque où les copains et moi passions le nage no kata pour le premier dan nous trouvions relou de devoir refaire trois fois le cérémonial, autant dire qu'on ne se serait jamais plaints si nous avions su qu'au Japon un pas de trop équivaut à une quinzaine de répétitions. 

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Ca, c'est un judogi qui a bien servi

Ca, c'est un judogi qui a bien servi

Cette leçon de concentration, de collaboration et de précision achevée, je regrette presque de ne pas pouvoir participer à un entraînement (moyennant quelques yens et sur présentation de la licence) avant de me dire qu'après 5 ans sans pratique le résultat serait forcément catastrophique, aussi à la place je me dirige vers le deuxième étage où se trouve le musée, lui aussi entièrement gratuit. 

Le Kodokan demande en revanche une petite signature dans le registre avec le nom, prénom, lieu de résidence et club d'affiliation du visiteur. 
Je suis épaté de découvrir des noms provenant du Brésil, d'Espagne, d'Australie ou de Suisse, et soudain je réalise que techniquement je ne suis plus pratiquant.

Mais par réflexe naturel j'inscris ASPTT Toulon Judo dans le registre, avec une énorme pensée pour Hervé le professeur mythique du dojo qui nous a été enlevé bien trop injustement il y a déjà quelques années. 

C'est con mais en écrivant j'ai presque entendu son rire de fumeur de gitanes sans filtre accompagné d'un "Hé bé, il a fallu que ce soit Quinquin qui aille écrire le nom du dojo à Tokyo". 

Plus marrant et peut être moins tristounet comme anecdote je l'ai encore imaginé ce rire lorsque j'ai réalisé que je n'avais pas mon passeport de judo sur moi pour y apposer le tampon officiel du Kodokan prévu à cet effet.

Pourtant entre Hervé, Pascal, Claude et mon père on ne peut pas dire que nos sensei ne nous ont jamais dit de faire bien gaffe d'avoir pris nos passeports mais que voulez vous, on ne se refait pas !

Mais qu'importe cela ne m'a pas empêché de récupérer des flyers sur lesquels il est justement possible de tamponner les quatre sceaux du Kodokan. 

Le musée peut se parcourir en environ une heure ce qui est plutôt raisonnable vu la taille de la structure qui réserve moults objets ayant appartenus aux plus célèbres judokas du pays, jusqu'à certains effets personnels de Kano lui même !

Mais cette visite vous pourrez l'étaler sur plusieurs heures car si le temps est votre ami vous pouvez vous installer dans le mini-cinéma qui propose en continu les meilleures actions en tournois des judokas japonais, et c'est à se demander en les voyant comment des gars de chez nous ont pu finir par s'imposer face à des gaillards de ce genre !

 

Le diplôme de Jigoro Kano

Le diplôme de Jigoro Kano

Bon il est temps pour moi de quitter le Kodokan enrichi par les informations retraçant les nombreux déplacements et agrandissements du dojo depuis sa fondation par Kano tout en restant admiratif d'une discipline qui a commencé par neuf pratiquants sur une surface de vingt mètres carrés et qui aujourd'hui fait que des judokas parcourent le globe pour venir signer le registre de l'édifice. 

En sortant je passe devant la boutique officielle où je vais pouvoir faire quelques emplettes et trouver de quoi remercier mon père pour m'avoir emmené à 3h du matin à l'aéroport de Nice puis pour m'avoir récupéré à 23h30 avec une heure de retard (mais ça à cet instant je l'ignore encore). 

Ainsi alors que je me demandais depuis quinze jours ce que j'allais bien pouvoir ramener pour mon père, hésitant entre le hamster-ninja, la boîte-à-meuh-geisha ou le mélange de cannelle et de pruneaux séchés, l'évidence me tombe sous le nez dans la boutique du dojo. 

Après tout quand à 60 piges on se permet de remporter les championnats de France vétérans, cela vaut bien une ceinture noire tout droit importée du Japon ! 

Et puis ce sera l'occasion de remettre le kim' et de remonter sur le tatami de l'ASPTT Toulon Judo avec en prime la première photo en judogi avec mon père et mon frère !

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En haut une ceinture qui a quelques années au compteur, en bas la neuve du Kodokan

En haut une ceinture qui a quelques années au compteur, en bas la neuve du Kodokan

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